Maroc : enquête sur un présumé blanchiment d’argent via des importations fictives

Maroc : enquête sur un présumé blanchiment d’argent via des importations fictives

L’Autorité nationale du renseignement financier a engagé, en coordination avec les services de contrôle de l’Office des changes et de l’Administration des douanes et impôts indirects, des investigations élargies portant sur des soupçons de blanchiment d’argent et de transferts illicites de capitaux à l’étranger.

Des opérations d’importation utilisées comme façade

Selon des sources concordantes, les enquêteurs examinent des transferts importants de devises effectués au titre de commandes d’importation non abouties. Dans plusieurs cas, les marchandises n’ont pas été livrées ou ont été facturées à des montants largement supérieurs aux prix du marché.

Les contrôles portent notamment sur les documents d’expédition, factures et contrats invoqués pour justifier la « défaillance » des opérations commerciales, souvent attribuée à des litiges avec des fournisseurs étrangers ou à des contraintes logistiques. Les autorités soupçonnent certains importateurs d’avoir sciemment orchestré ces échecs afin de légaliser des transferts financiers indus.

Sept sociétés dans le viseur

Les investigations concernent actuellement sept entreprises, dont certaines compteraient des investisseurs étrangers parmi leurs actionnaires. Les flux financiers ont été retracés au-delà des frontières nationales, révélant le passage d’une partie des fonds par des sociétés écrans et des comptes bancaires situés dans plusieurs pays.

Ce schéma laisse présumer l’existence d’un mécanisme organisé exploitant le commerce extérieur comme vecteur de fuite de capitaux et de blanchiment d’argent.

Coordination avec les banques et les autorités fiscales

L’Autorité du renseignement financier, en lien avec l’Office des changes, a procédé à l’examen des licences accordées aux importateurs concernés. Les dossiers ont été audités en coopération avec les établissements bancaires impliqués dans les transferts et les services douaniers compétents.

Les premiers constats font état de cas de surfacturation d’importations, parfois en collusion avec des fournisseurs établis en Europe et en Asie, afin d’augmenter le montant des avances et des paiements transférés à l’étranger.

Renforcement des outils analytiques

L’enquête s’appuie sur des systèmes d’analyse renforcés au sein de l’Office des changes, de la Direction générale des impôts et de l’Administration des douanes. Ces outils permettent désormais de détecter non seulement les tentatives de sous-déclaration destinées à réduire l’assiette fiscale, mais également les cas de surévaluation anormale des factures et des marchandises.

Soupçons de liens avec le trafic international de stupéfiants

Des vérifications complémentaires portent sur l’éventuelle utilisation de sociétés d’importation marocaines pour blanchir des fonds issus du trafic international de stupéfiants. Les opérations commerciales, bien que formellement conformes, auraient servi à justifier des flux financiers entre entités liées.

Ce dossier s’inscrit dans le cadre du renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, conformément aux standards internationaux, notamment ceux du Groupe d’action financière (GAFI).

Les suites judiciaires dépendront des conclusions définitives des audits en cours.

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